ARTICLE DE MARIE-FRANCE                                      

Le Lycée français de Los Angeles :

Tous les parents d'élèves sont des stars

             Depuis trente-trois ans, Mme la directrice est rigoureuse. On vient en Rolls ou BMW mais, noir ou blanc, papa star ou milliardaire,  on porte l'uniforme, on travaille et on assiste aux réunions des anciennes ou des parents d'élèves.
                                                                                                                                         

   Par Régine Montaut.

          
             Un long cortège de voitures – BMW 740, Mercedes 500 décapotables, Rolls-Royce, voitures de sport des années 50 ou limousines interminables – grimpe la colline bordée de lauriers-roses et de palmiers,  passant un imposant portail bleu sur lequel figurent en fer forgé deux lettres dorées : L.F. Derrière les grilles, les élèves, tous en uniforme, veste bleu marine sur laquelle un écusson annonce la devise du lycée – « Cogito ergo sum » (Je pense donc je suis) -, pantalon ou jupe grise pour les filles, attendent sous le contrôle de la sous-directrice, assistée de la surveillante générale, des professeurs et de surveillants équipés d'émetteurs récepteurs radio. Deux assistants de sécurité encadrent chaque élève, appelé par haut-parleur, et l'accompagnent vers la sortie. L'un ouvre la porte de la voiture tandis que l'autre dépose le cartable et le « lunch box » (panier-repas) dans le coffre. Sécurité oblige. Nous sommes au Lycée français de Los Angeles où la tradition perdure depuis trente-trois ans. Ici sont rassemblés les enfants des familles les plus riches et les plus célèbres du monde : ceux du sultan de Brunei, des princes d'Arabie Saoudite, des sultans de différents pays du Golfe : les enfants de présidents africains ou de diplomates de tous pays, sans oublier des anciennes élèves devenues stars comme Claire Danes ou Jodie Foster.

             Enseignants au Lycée français de New York, pendant les années 50, Esther et Raymond Kabbaz avaient comme élèves Danielle Steel, la célèbre romancière américaine alors âgée de 12 ans. « J'adorais New York et voulais y rester, raconte Esther, mais mon mari préférait aller vivre dans les régions ensoleillées. Il rêvait de la Californie. J'étais moi-même tentée de retrouver le soleil… »

             Par relations familiales, ils rencontrent Walt Disney qui les « invite » à s'installer  en Californie.  Sa réputation d'avare ayant fait le tour du monde, il les prévient : « Je ne vous donne pas d'argent mais je mets à votre disposition mon avocat et mon administration. » Son avocat fait encore partie du conseil d'administration de l'école…

             Quand ils arrivent en 1964 à Los Angeles, ils ont à peine 30 ans et découvrent que la législation californienne ne leur permet pas d'ouvrir un établissement de langue étrangère sur le territoire. Durant un an, ils bataillent ferme jusqu'à l'obtention d'un changement de la loi. En consultant les albums photos des années passées, Esther Kabbaz ouvre le livre de ses souvenirs : trente-trois ans d'histoires liées au cinéma, aux comédies musicales, aux chanteurs des années 70 et aux sagas des grandes familles américaines…

             De New York, ils ont été recommandés par Lilly Daché, la femme de Jean Després, alors président des parfums Coty. C'est elle qui dessinera les uniformes du Lycée, et qui présentera le couple à la fameuse critique de cinéma et journaliste Hedda Hopper qui fait alors la pluie et le beau temps á Hollywood. Pour cette rencontre de la plus grande importance, Esther Kabbaz s'habille d'une robe blanche à gros pois noirs, d'un chapeau noir et blanc et de gants blancs. Hedda Hopper la trouve élégante et « charming ». Esther a gagné sa réputation : « Nous étions devenus 'The Best Thing' à Los Angeles ». Et c'est ainsi qu'avec son mari, ils ouvrent leur premier campus à Beverly Hills. Au début, les gens appellent le Lycée « Lucey » et sa directrice « Madame Lucey ».

             De 1965 à 1968, les plus grandes familles de Los Angeles aspirent à mettre leur descendance dans une école dont le but est l'enseignement de la culture française, du respect des valeurs traditionnelles, de l'ordre et des bonnes manières.

 

Maman Lauren Bacall et papa Cary  Grant  étaient les premiers parents des années 60
             Les premiers « clients » sont les plus grands producteurs des studios et metteurs en scène – comme Elia Kazan, Otto Preminger, Coppola…- et les plus riches familles américaines – Getty (le musée), Hilton (la chaîne d'hôtels), Hearst (le fondateur du « Times »), Hunt (le roi du ketchup) – ou encore Gregory Peck, dont la femme Véronique est française. Lauren Bacall, Judy Garland, Cary Grant, George Segal, Tony Curtis, Rod Steiger, Donald Sutherland, Esther Williams, Barbara Wolf, Paulette Goddard, Claire Bloom, Goldie Hawn, Nancy William, Ryan O'Neal, Diana Ross, Eddie Constantine, Henri Verneuil, Jean-Pierre Aumont… sont les premiers parents d'élèves. « Il n'y avait que des limousines et les élèves se faisaient livrer leur déjeuner par les plus grands traiteurs. Quand nous avons ouvert nos portes en 1965, nos cinquante-cinq premiers élèves étaient uniquement les enfants de stars de l'époque ».

             L'établissement est vite réputé strict mais efficace : les acteurs les plus connus des séries télévisées ou des grands films y inscrivent leur progéniture, comme Lorne Greene de la série « Bonanza » et Agnès Morhead, alias la sorcière bien aimée. Le fils de Richard Fleisher, metteur en scène de « Fantastic Voyage » et « Robin des Bois », et les enfants de Telly Savalas « Kojac » font aussi partie des élèves.

             De nombreux hommes politiques, de littérature ou de théâtre viennent leur rendre visite d'Europe : Roger Peyrefitte, Ionesco, Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault, le mime Marceau ou encore Alfred Hitchcock, François-Xavier et sa femme Claude Lalanne, qui ont inscrit leur petite fille au Lycée, offrent la sculpture des deux éléphants qui trônent devant les portes du Lycée. «Le film de Brooke Shields et George Burns 'Just you and me Kid' fut filmé au Lycée Français», explique Esther Kabbaz. En 1967, la bibliothèque du Lycée s'enrichit de plusieurs milliers de volumes anciens très beaux, cadeau de Charles Boyer. Ces ouvrages de littérature française viennent de sa bibliothèque personnelle : la French Research Foundation.

             Cette époque dorée du cinéma est indissociable des grands compositeurs et des grandes comédies musicales : Lionel Newman, après avoir écrit « Hello Dolly », compose l'hymne du Lycée avant la musique du film « Cléopâtre ». Alain Jay Lerner, le compositeur de « My Fair Lady » et « Camelot », dont le fils Michael est aussi au lycée, offre un autre hymne… Sa femme Micheline est corse. Dans certaines fêtes du Lycée se côtoient Petula Clark et Julie Andrews, mères d'élèves qui « tapent le bœuf » avec Michel Legrand qui inscrit, en 1966, ses deux enfants, Benjamin et Hervé, ainsi que son propre frère prénommé aussi Benjamin. Nous les appelions 'Grand Ben' et 'Petit Ben' pour les distinguer », précise la directrice. 'Grand Ben' est aujourd'hui écrivain. « Michel Legrand et sa femme, Christine, formaient un couple adorable, gentil et très simple. Elle faisait un excellent lapin à la moutarde pendant que Michel nous jouait du piano. Il y avait toujours une ambiance très chaleureuse chez eux avec tous ces enfants, se souvient encore Esther Kabbaz. Un soir de printemps où nous étions invités chez eux, il y avait encore le sapin de Noel  décoré et éclairé de mille lumières. Je leur ai demandé pourquoi ils gardaient leur sapin toute l'année et Michel Legrand a répondu : « Mais chez nous, c'est toujours Noel, tant nous sommes heureux… »

             De grandes fêtes, avec plus de mille personnes, sont organisées. Le 12 février 1968, le « pique-nique à Orly » avec le président des oscars et la plupart des gens importants du cinéma. La fête, inspirée du « Déjeuner sur l'herbe » de Renoir, se passe dans le hangar de l'aéroport de Santa Monica que Pierre Salinger a loué. Un avion d'Air France a apporté le foie gras et le champagne, et sert de décor. On peut visiter l'avion. Une invitée ayant un peu trop bu de champagne s'endort même dans l'appareil. Elle repartira en France en tenue de soirée…

             Dans ces fêtes, avec la traditionnelle remise des prix de fin d'année, se côtoient les parents les plus célèbres : les mamans des enfants Brando et Presley par exemple. « Mais il n'y avait hélas pas que les fêtes, raconte Esther Kabbaz. En 1965, quand j'ai accepté des enfants noirs à l'école, j'ai reçu des menaces. Certains parents ont même refusé d'inscrire leurs enfants. Cela me choquait mais j'ai tenu bon contre le racisme. J'ai mis des tas de gens de Beverly Hills à la porte à cause de leurs propos inacceptables. »

             L'une des premières mères du Lycée fut la chanteuse noire Eartha Kitt. Celle qu'Orson Welles avait surnommée la femme la plus « exciting » du monde avait une fille blonde aux yeux bleus. Lorsque Eartha a été invitée par la femme du président Johnson à prendre le thé à la Maison Blanche, elle a soulevé le problème noir. Mme Johnson s'est arrangée pour qu'Eartha ne puisse plus travailler aux USA. Cette dernière a donc fait sa carrière surtout en Europe. « Le samedi, nous nous rendions régulièrement ensemble dans un lycée américain du Watts, le quartier pauvre de Los Angeles. Elle pour donner des cours de danse, moi des cours de français. Eartha préparait ensuite des dindes énormes et de grands jambons qu'elle leur apportait. Et c'était la fête. Les gens étaient très pauvres. A 70 ans, Eartha Kitt danse et chante toujours à merveille. 'C'est si bon'. Elle redevient à la mode en ce moment».       

             Esther Kabbaz se souvient de quelques autres « amis » du lycée : «Omar Sharif, le meilleur ami de l'acteur Telly Savalas ». Tous deux aimaient les fêtes, les femmes et le poker… Pour l'anniversaire de l'une des filles de Telly, Omar a emmené tous les enfants de la classe, les professeurs, et nous avec, dans un restaurant qui existe toujours « Le Chicago Pizza ». On s'est empiffré de champignons farcis, de pâtes et de pizzas, et Telly a distribué les fameuses sucettes qu'il suçait dans sa série de télévision 'Kojak'. Peter Sellers et sa femme, Britt Eckland, avaient également mis leur fille Victoria au Lycée. Un jour, elle reçut une très sévère réprimande de sa mère parce qu'elle se moquait d'une surveillante qui portait une vilaine robe en polyester. Jill Ireland, la femme de Charles Bronson, avait un visage diaphane. Elle est morte très jeune d'un cancer et a écrit des livres sur sa maladie. Elle ressemblait à un ange. Très courageuse, elle portait une perruque en public mais nous l'avons vue aussi sans cheveux. Elle restait digne, ne se plaignant jamais. Son fils lui ressemblait  comme deux gouttes d'eau. C'est maintenant un bel homme de deux mètres, fort et musclé, qui passe encore nous dire bonjour. Charles Bronson venait très souvent chercher lui-même son beau-fils Valentine (le fils de sa femme et de David Mac Callum) en décapotable rouge. C'était un homme très brun, aux traits durs, plutôt laid, mais qui attirait le regard de toutes les mères d'élèves ».

             Apparemment pas le type d'homme d'Esther : elle préférait nettement Marlon Brando, « surtout celui des années 65´qui inscrivit au Lycée Miko et Rebecca, les enfants de l'actrice mexicaine Movita Brando. Brando venait de terminer le tournage du « Dernier tango à Paris ».

             Esther Kabbaz est assise par terre dans la bibliothèque, encerclée de centaines de livres à enrubanner pour la sempiternelle distribution des prix lorsque Marlon Brando arrive, s'assoit à ses côtés et, sans rien dire, se met à l'aider à finir les paquets. Une autre fois, il vient à une partie de basket où son fils Miko joue dans l'équipe du Lycée contre une équipe extérieure. Il siffle, crie et encourage les joueurs. Comme l'équipe du Lycée a gagné, il invite tout le monde à dîner dans une « Steak House ». Pendant le dîner, Esther lui demande quel sera le plus grand acteur après lui. « Je n'en vois qu'un de très grand dans les années à venir : Robert De Niro. Retenez bien son nom… »

             Tatum O'Neal est, à cette époque, l'actrice la plus célèbre du lycée. Elle a eu un oscar à l'âge de 9 ans pour « Paper Moon ». « Très jolie, pétillante, elle n'aimait pas beaucoup étudier. Une vraie star : coquette, elle adorait séduire. Nous étions tous sous le charme », se rappelle Esther.

             Mais la plus célèbre fut sans conteste, Jodie Foster. Arrivée au Lycée à 5 ans, les multiples albums de photos de l'école retracent sa carrière scolaire et cinématographique.

Elève Jodie Foster :
 brillante, sérieuse, intelligente, travailleuse, s'entend bien
 avec ses camarades

             Brillante, elle devient très vite la première en section française. Mais elle n'en est pas moins espiègle. Un jour, pour une vente de pâtisseries organisée par les élèves, elle fait un gâteau dans lequel elle met une petite dose de laxatif. Toute la journée, elle guettera les effets de sa blague qui, heureusement, n'en produira aucun !Obtenant le bac français avec mention, Jodie est aussi « valedictorian » de sa promotion et a l'honneur de faire le discours de fin d'études, dans un français parfait, en tant que meilleure élève de cette année-là. Pour les trente ans du Lycée, elle reçoit des mains du Consul de France la médaille de Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres.
 

             Sur l'affiche  du film de Jodie Foster « La petite fille au bout du chemin », offerte aux Kabbaz, cette dédicace :


« Pour Papa et Maman Kabbaz,
 Merci pour une vie heureuse et un esprit ouvert.
Je vous aime plus que le monde entier »


     Très fière d'être francophile, elle participe encore activement à toutes les manifestations du Lycée et, dix-sept ans après, commente toujours le film publicitaire du Lycée.  Elle est également la marraine de la petite-fille de la directrice, Alexandra Valentine.

             Roman Coppola, le fils de Francis Coppola, a terminé ses études au Lycée, restant très fier de son grand-père qui avait composé et dirigé la musique du film d'Abel Gance, «Napoléon». Roman produit maintenant des films avec son père…

             Un soir, vers 18h, alors qu'elle s'apprête à rentrer chez elle, Esther Kabbaz voit entrer dans son bureau deux colosses vêtus de cuir qui lui demandent si elle est bien seule. Le personnel est parti, elle commence à avoir peur mais, sans perdre son sang-froid, elle se rapproche de son bureau sous lequel est dissimulé un bouton d'alarme. Ils lui annoncent qu'une personne très importante voudrait la voir et lui demandent si elle est disponible. Quelques instants plus tard, elle se trouve face à… Elvis Presley en chair et en os. « J'ai failli m'évanouir ! Toute ma vie, je l'avais admiré, je connaissais ses chansons par cœur. Il était extrêmement poli, timide et comme gêné, lui-même impressionné. Il voulait savoir si sa fille Lisa-Marie travaillait bien. Je l'ai rassuré et lui dis qu'elle était obéissante et adorable. Il m'a alors raconté que sa femme, Priscilla, était d'origine française, et que son nom de jeune fille était Beaulieu. Puis m'a remercié de la chance qu'avait sa fille d'être acceptée dans une telle école, regrettant lui-même de n'avoir pu y aller lorsqu'il était enfant. Puis il m'a dit avec un air amusé : « I love Your French Accent. » J'étais si impressionnée que je n'ai pu prononcer qu'une ou deux phrases », avoue Esther, aujourd'hui encore émue.

             Le King a disparu quelques temps après. Lisa-Marie avait alors 8 ans «  Ça a été atroce, se souvient Esther Kabbaz. Il y avait des photographes partout, grimpés sur les toits et dans les palmiers qui encerclent la cour de récréation, essayant de prendre des photos de cette pauvre petite qui adorait son père. On a dû appeler la police. » Le même jour, une dame s'introduit à l'intérieur du Lycée comme une mère d'élève, tenant par la main une fillette à laquelle elle a acheté un uniforme. Une fois dans la cour, la fausse mère se plante devant Lisa-Marie avec un appareil photo et lui demande à brûle-pourpoint : « Votre père vient de mourir, que ressentez-vous ? Etes-vous triste ? » Juste au moment où elle va prendre une photo, un surveillant voit la supercherie, se jette sur elle, récupère la pellicule photo et la reconduit à la porte. « Nous étions envahis, harcelés, c'était épouvantable pour cette petite fille, sa mère a dû la retirer du Lycée à regrets. » Priscilla Presley est revenue depuis suivre des cours de français donnés le soir pour les adultes.

             Beaucoup de Français – Jean-Pierre Aumont, Michel Colombier, Zizi Jeanmaire, Henri Verneuil, Demis Roussos, Jacques-Yves Cousteau, Roger Vadim, Charles Aznavour, Sylvie Vartan – ont aussi été des parents d'élèves. David, le fils du plus célèbre couple de l'époque, Sylvie Vartan et Johnny Hallyday, a fait toutes ses études au Lycée. « C'était un élève studieux, discret et gentil, beau comme un ange. J'ai toujours cru qu'il serait avocat car il défendait toujours ses camarades et intervenait quand il y avait des conflits.

 Sylvie Vartan était une mère très présente, attentionnée, qui s'occupait  elle-même des devoirs de son fils. »

             Le jour où Charles Aznavour a inscrit ses enfants, il est arrivé avec une équipe de cameramen pour filmer la rentrée scolaire. « Si j'avais su, je me serais mieux coiffée », lui murmure Esther Kabbaz, toujours coquette. Aznavour avoua à son tour que c'était  un grand moment dans sa vie, car il n'avait pas pu aller longtemps à l'école. « Qu'à cela ne tienne, lui rétorque-elle, je vous décernerai un diplôme à la fin de l'année ! »

             Même les boxeurs se montrent sensibles à la bonne éducation de l'établissement. Mohammed Ali, avant sa maladie, est « un homme très charmant qui ne parle qu'en vers, en poète. Je l'aimais beaucoup », ajoute Esther, nostalgique.

             Les enfants des musiciens les plus en vogue des années 70 – Rod Stewart, Frank Zappa, Ronnie Wood des Rolling Stones – se plient à la « bonne éducation » de l'endroit. La fille de Frank Zappa, avec ses coiffures fantaisistes, arrive en limousine et uniforme, col blanc et jupe grise plissée, chaussettes bleu marine jusqu'au genou. Jusqu'en terminale comme l'exige toujours le règlement.

             Les liens continuent à travers les années. Le célèbre mannequin américain Christie Brinkley, qui a fait toutes ses études au Lycée, a dessiné les illustrations du livre-souvenir de l'établissement pendant dix années consécutives. Elle envoie régulièrement une photo de ses nouveaux enfants… et de  ses nouveaux maris aux époux Kabbaz. L'auteur de science-fiction, Ray Bradbury, lui aussi parent d'élève, a répondu un jour au courrier d'une classe qui faisait une étude sur son œuvre et a écrit une nouvelle inédite. Il est parfois arrivé que plusieurs générations fréquentent le Lycée. C'est le cas de la famille Sutherland. Donald a inscrit Kieffer qui y a inscrit ses enfants. Et Jean-Pierre Aumont son fils Patrick qui a inscrit sa fille Ariane. La petite-fille de Paul Getty, Ariadne, y a ensuite envoyé ses enfants.

             Certains enfants américains  ont passé le bac français avec mention : c'est le cas des deux enfants de Georges Segal, d'Amy Lyne, la fille du réalisateur Adrian Lyne qui poursuit actuellement ses études à la Sorbonne en France.

             Après le départ de Claire Danes, la relève est déjà assurée par LeeLee Sobieski, parfaitement bilingue car son père, peintre, est français et sa mère américaine. Après avoir tourné dans le remake américain d' « Un Indien dans la ville, elle vient de finir le film de Stanley Kubrick, avec Tom Cruise et Nicole Kidman, et son dernier film est produit par James Ivory. Comme les autres élèves stars, elle est sérieuse, bonne élève, gentille et « bien élevée », ajoute Esther Kabbaz qui veille à ce que tout le monde soit traité de la même façon et respecte les autres.

             Actuellement, beaucoup d'enfants de gens très célèbres sont inscrits, par précaution, sous de faux noms, et ce sont les gouvernantes ou les gardes du corps qui viennent les chercher.

             Mais la tradition demeure. La remise des diplômes américains se fait toujours dans la grande salle de bal du Beverly Wilshire Hotel, à Beverly Hills, immortalisé par « Pretty Woman ». Le dîner de gala qui suit se passe dans les plus grands restaurants de Los Angeles où l'on arrive en limousine, robe longue et smoking.

             La chorale du Lycée français qui, jadis, a accompagné Julie Andrews dans la comédie musicale « Darling Lily », d'Henri Mancini, continue de se produire dans les plus grands hôtels et clubs chic de Los Angeles. Elle a chanté pour Ronald Reagan, Donald Sutherland, Michael Jackson… et a accompagné Mylène Farmer dans le disque qu'elle a enregistré à Hollywood. Dans tous les parcs d'attraction Disney à travers le monde, la célèbre chanson « It's a Small World » est aussi un produit de la chorale du Lycée.

             La troupe de théâtre du Lycée, dirigée par Raymond Kabbaz, dont c'est la passion, produit avec les enseignants des pièces de Ionesco, Coline Serreau, Woody Allen, Labiche et, bientôt, une comédie musicale, « Le Passe-Muraille », de Marcel Aymé, sur une musique de Michel Legrand et Pierre Leloup. Et le spectacle continue…